Le géant du commerce en ligne a ouvert un nouveau chapitre de sa stratégie lundi, marquant une étape décisive dans sa concurrence frontale avec OpenAI et Google. Alors que l’action Amazon (AMZN) progressait à la mi-journée à Wall Street, portée par l’enthousiasme des investisseurs, l’entreprise dévoilait simultanément le lancement d’une interface web pour son assistant Alexa et un vaste plan de réorganisation interne. Cette double annonce illustre le virage radical opéré par la firme : une priorité absolue donnée à l’intelligence artificielle, quitte à sacrifier des milliers d’emplois historiques.
L’offensive Alexa sur le Web
Jusqu’ici cantonné aux enceintes connectées et à l’application mobile, l’assistant vocal d’Amazon s’émancipe. Avec le lancement d’Alexa.com, le groupe propose désormais une version sur navigateur directement conçue pour rivaliser avec ChatGPT et Gemini. Amazon promet une expérience polyvalente : la plateforme permet aux utilisateurs d’obtenir des réponses rapides, d’explorer des sujets complexes, de générer du contenu ou encore de planifier des itinéraires de voyage et d’obtenir de l’aide aux devoirs.
Cette initiative vise à réinsérer Amazon dans la course aux interfaces d’IA générative grand public, un secteur où la firme de Seattle semblait jusqu’alors en retrait par rapport à ses rivaux de la Silicon Valley.
Un plan d’investissement à 100 milliards de dollars
Si les marchés saluent cette innovation, la transformation en coulisses est brutale. Amazon a confirmé un engagement financier colossal de 100 milliards de dollars sur les dix prochaines années, exclusivement dédié au renforcement de ses capacités en intelligence artificielle. Ce budget pharaonique servira principalement à l’expansion des centres de données d’Amazon Web Services (AWS), à l’amélioration des modèles d’apprentissage automatique (machine learning) et au développement d’outils internes.
Pour soutenir cette croissance technologique, l’entreprise redirige drastiquement ses ressources. Une partie substantielle de ces fonds financera également des partenariats stratégiques avec des fabricants de puces et des éditeurs de logiciels externes, Amazon cherchant à consolider sa position face à Microsoft et Google dans le cloud computing et la prestation de services automatisés.
Seattle face à la suppression de 2 400 postes
Le revers de la médaille de cette stratégie « tout-IA » est une coupe sombre dans les effectifs du siège historique. Amazon a annoncé la suppression de 2 400 emplois dans l’État de Washington, une décision directement liée à ce redéploiement des capitaux. Ces licenciements, prévus pour le début de l’année 2026, touchent divers départements de l’entreprise dans la région de Seattle, où le groupe maintient une présence majeure depuis des décennies.
Bien que l’entreprise ait précisé que certains employés seraient éligibles à des indemnités de départ et à une aide au reclassement, l’annonce a provoqué une onde de choc au sein de la communauté locale. Les autorités s’inquiètent déjà des retombées économiques, anticipant des pertes de recettes fiscales et une pression accrue sur les services publics, alors que la région a longtemps façonné ses infrastructures pour accompagner la croissance d’Amazon.
Vers une automatisation accrue des fonctions supports
Au-delà des chiffres, c’est la nature même du travail chez Amazon qui est en pleine mutation. Les suppressions de postes ciblent majoritairement les rôles opérationnels et le support administratif, des fonctions de plus en plus confiées à des systèmes automatisés. Ces outils, développés par les équipes d’AWS fraîchement renflouées, témoignent d’un transfert clair des ressources : les rôles traditionnels s’effacent au profit des équipes dédiées aux logiciels prédictifs et au développement d’algorithmes.
En interne, l’ambiance est décrite comme particulièrement compétitive. Si Amazon a mis en place des programmes de formation pour encourager les salariés restants à monter en compétences sur le cloud et l’IA, des rapports internes soulignent des inégalités d’accès à ces opportunités. De nombreux employés sans bagage technique craignent d’être laissés pour compte, les formations proposées ne prenant pas toujours en compte la diversité des parcours professionnels. Face à cette incertitude, une frustration grandissante se fait sentir quant à la communication du groupe, jugée opaque sur le lien direct entre ces licenciements et la planification stratégique de l’IA.