Intel : entre percée technologique et soutien présidentiel, le géant des puces reprend des couleurs

L’action Intel a connu une flambée remarquable jeudi, bondissant de 6,5 % dans des volumes d’échanges particulièrement nourris, avant de gagner encore 2 % lors des transactions électroniques après la clôture. Ce regain d’intérêt soudain des investisseurs ne doit rien au hasard. Il fait suite à une convergence d’événements favorables : une présentation technique rassurante lors du CES 2026 et un adoubement politique de premier plan venant directement de la Maison Blanche. Pour le marché, en quête de preuves tangibles du redressement du groupe, ces signaux semblent valider la nouvelle stratégie du fondeur.

Le pari industriel de la gravure 18A porte ses fruits

Au cœur de cette dynamique boursière se trouve le lancement officiel des processeurs Core Ultra Series 3, surnommés « Panther Lake ». C’est une étape cruciale pour l’entreprise de Santa Clara, car ces puces sont les premières à bénéficier du procédé de fabrication 18A, une technologie de gravure en dessous de 2 nanomètres développée et empaquetée sur le sol américain. Plus qu’une simple annonce produit, cette commercialisation démontre que le pari industriel audacieux et coûteux d’Intel commence à payer.

La disponibilité réelle de ces composants prouve que les problèmes de production appartiennent au passé et que l’écart technologique avec les concurrents se réduit drastiquement. Ces avancées positionnent également Intel comme un acteur sérieux sur le segment très convoité des PC optimisés pour l’intelligence artificielle. Face à ces éléments concrets, les analystes revoient leur copie : le cabinet Melius Research a ainsi relevé sa recommandation à l’achat avec un objectif de cours à 50 dollars, actant la crédibilité retrouvée du groupe.

Un signal fort envoyé par les investisseurs institutionnels

L’analyse technique des mouvements boursiers révèle une accumulation agressive qui dépasse la simple spéculation des particuliers. Avec un volume explosif de 164 millions de titres échangés — soit près du double de la moyenne trimestrielle de 89 millions — ce sont bien les investisseurs institutionnels qui sont à la manœuvre. Cette pression acheteuse massive a permis au titre de briser d’anciennes résistances techniques pour atteindre un plus haut sur 52 semaines à 44,57 dollars.

Cette configuration suggère une entrée stratégique de la « smart money », cherchant à absorber l’offre existante pour créer un nouveau seuil de support. La montée vigoureuse du cours a également provoqué un phénomène de « short squeeze », forçant les vendeurs à découvert à racheter leurs positions en urgence, amplifiant ainsi la hausse.

L’État actionnaire et la bénédiction de la Maison Blanche

À cette réussite industrielle s’ajoute une dimension éminemment politique. Donald Trump a personnellement salué les performances de l’entreprise via un message sur Truth Social, qualifiant le PDG Lip-Bu Tan de dirigeant « très efficace » à l’issue d’une rencontre entre les deux hommes. Le président américain s’est félicité de ce qu’il considère comme une victoire du « Made in USA » dans le secteur stratégique des semi-conducteurs.

Il faut rappeler que l’État fédéral est désormais un actionnaire de poids, détenant 10 % du capital d’Intel suite à un investissement de 8,9 milliards de dollars, issu de la conversion de subventions du CHIPS Act. Une opération pour l’heure très lucrative pour le contribuable américain, puisque la valorisation de cette participation a grimpé de 75 % depuis l’annonce de l’investissement, dépassant désormais les 18 milliards de dollars. Donald Trump n’a pas manqué de souligner que le gouvernement avait réalisé là une excellente affaire financière en seulement quatre mois.

Une gouvernance stabilisée après une période de turbulences

Ce climat d’euphorie tranche avec les difficultés récentes traversées par le groupe. Lip-Bu Tan, qui a remplacé Pat Gelsinger au poste de PDG en mars dernier, a dû naviguer en eaux troubles, entre pertes de parts de marché face à Nvidia et AMD et plans de licenciements massifs touchant des milliers d’employés. Le dirigeant a également dû faire preuve de pragmatisme en ralentissant la production aux États-Unis et en Europe, repoussant notamment l’ouverture de l’usine de l’Ohio à l’horizon 2030-2031.

Même les relations avec l’exécutif se sont apaisées. Après avoir un temps réclamé la démission de Tan en raison de ses investissements passés dans la technologie chinoise, Donald Trump loue désormais son parcours et son « histoire incroyable ». Si l’optimisme est de retour, la véritable épreuve du feu aura lieu le 22 janvier prochain lors de la publication des résultats financiers. Les marchés attendent de voir si ce redressement boursier spectaculaire sera confirmé par des fondamentaux économiques solides.